Rambo # Ma vision du film

Cela fait quelques temps que l’idée de réaliser un billet sur First Blood (Rambo) me titille l’esprit. Mais vous savez, quand vous adorez vraiment quelque chose, vous n’osez rien écrire dessus, pensant que ce qu’il en ressortira ne sera jamais à la hauteur de l’oeuvre dont vous parlez… C’est un peu ce qui me bloque, j’ai tellement envie de partager quelque chose de profond vis-à-vis de ce film que je ne sais même pas par quoi débuter.

En tout cas, ce que je n’ai pas besoin de vous avouer, c’est que je suis sincèrement fan depuis mon plus jeune âge de ce film. Ca, je ne l’explique pas. Peut-être est-ce du au fait que depuis tout petit déjà, mon père me faisait regarder avec lui les films d’action qu’il adorait. Bien sûr, la liste est longue, très longue, et je dois bien avoir une sorte de côté nostalgique quand je fais le bilan de mes goûts cinématographiques. Cependant, si je ne devais en garder qu’un seul, ça serait Rambo premier du nom. Je n’engloberai pas la saga ici, car je juge que les trois opus suivant ne suivent pas du tout la même direction et qu’ils seront plutôt à classer dans les films d’action pure ou bien les films de guerre sans chercher plus loin. Je ne dirai pas que je ne les apprécie pas, loin de là, mais il faut admettre qu’ils n’ont strictement rien à voir avec la profondeur de leur aîné.

Au départ…

Il s’agissait d’un roman First Blood écrit par David Morrel et publié en 1972. Ce ne sera que 10 ans plus tard que Sylvester Stallone interprétera le personnage de John Rambo à l’écran. Ce n’est pas vraiment pour l’historique que je vous parle du roman, même s’il est toujours bon de savoir de où vient le scénario d’un film, c’est plutôt pour vous exposer les différences qu’il existe entre l’ouvrage littéraire et l’oeuvre cinématographique.

Le personnage de David Morrel est bien loin, en fait, de celui que l’on a pu retrouver dans le film. Vous vous rappelez sans doutes la chasse à l’homme qui se livre dans la forêt où Rambo tente d’échapper aux forces de l’ordre. Il blesse les policiers un par un pour s’en prendre finalement au shérif William Teasle. Si dans le film Rambo se contente de mettre en garde ce dernier de ne pas continuer à le traquer, vous apprendrez que dans le roman il n’y avait pas de place pour le dialogue car tous les policiers se font tuer dans cette forêt, ainsi que toutes les personnes qui le pourchasseront que ce soit dans cette même forêt ou bien une fois de retour en ville. Cela tranche radicalement avec la mort d’Arthur Galt dans un cas de légitime défense pour Rambo. Ce qui sera d’ailleurs le seul personnage qui trouvera la mort dans le film.

On comprend aisément qu’un homme tuant à tout va n’est pas le meilleur moyen de faire passer un message dans un film, tout autant que le but était de plaire aux spectateurs et non de faire passer Rambo pour un monstre. D’ailleurs, si aujourd’hui on parle de saga, à l’origine John Rambo devait mourir à la fin de First Blood des mains du Colonel Samuel Trautman à la demande de Rambo lui-même. Mais à la diffusion, les gens n’ont pas du tout apprécié cette fin et c’est pourquoi une fin alternative a été pensé dans laquelle Rambo est finalement arrêté et envoyé en prison. Pour le reste de l’intrigue du roman, le film respecte à la lettre tous les points qui ont pu être écris par David Morrel.

Vous pouvez noter également, qu’avant que Sylvester Stallone endosse ce rôle, Dustin Hoffman s’était vu offrir le personnage. Cependant, il refusa, jugeant le tout beaucoup trop violent à son goût. Et bien tant mieux au fond. J’ai essayé de m’imaginer ce qu’aurait pu donner First Blood avec lui, et malgré le fait que je trouve l’acteur excellent dans certains films, il n’avait décidément pas la carrure pour incarner ce personnage.

Précurseur d’un genre ?

Qu’on le veuille ou non, qu’on le comprenne ou pas, First Blood a mis en place un esprit nouveau dans le film d’action. Il a inspiré bon nombre de films de guerre vers une optique différente de celle du « super-héros » immortel qui est à l’épreuve des balles et qui réussit toujours à venir à bout des « vilains » en fonçant tête baissée dans le feu de l’action. Il faut bien admettre, que malgré tout le mal que l’on peut lire un peu partout à propos de ce film ou de la saga, Rambo, premier du nom, se veut être un film qui colle au plus proche de la réalité. Vous ne verrez pas des munitions infinies, vous ne verrez pas un homme affrontant ses assaillants de face, vous ne verrez pas des attaques surhumaines ou quoique ce soit d’absurde de ce genre. Rambo est un être humain, entraîné par l’armée mais qui reste un homme. Et on le verra toujours se débarrasser de ses « ennemis » en les dispersant les uns des autres pour ne pas avoir à les affronter tous en même temps. Cela devient un film de guerre/d’action mais d’embuscade et c’est là que First Blood tranche avec les films que j’appelle d’explosion (à comprendre où le héros fait tout sauter du début à la fin sans jamais se retrouver en difficulté).

Alors bien-sûr, on aime ou on n’aime pas ce genre de films et ce n’est pas pour vous faire apprécier les films d’action que je rédige ce billet. First Blood n’est pas qu’un film d’action. Voilà plutôt le message que j’aimerais faire passer ici. Et il est encore moins un film patriotique comme pourront l’être ses successeurs. J’ai souvent entendu (et j’entends encore) des reproches à l’égard de ce film et voici le niveau habituel :

  • C’est un film de merde !
  • J’aime pas Stallone !
  • Les films d’action c’est pourri !
  • Il est trop con Rambo !

Je pourrais continuer longtemps sans jamais vous offrir un argumentaire digne de ce nom. Je ne cherche pas à jeter la pierre aux gens me doutant qu’il existe énormément de raisons qui desservent l’intérêt que l’on pourrait trouver à ce film. Ce qui m’agace réellement, ce sont les personnes qui critiquent le film alors que dans 85% des cas (et je n’exagère aucunement), elles n’ont jamais vu le film dans sa globalité. Les raisons à cela ? Trop vieux, acteur détesté, saga détestée, genre de film dépassé… Je ne sais pas vraiment. Mais ce que je sais, c’est qu’il est impossible de dresser un tableau uniquement noir de First Blood pour le peu qu’on ait fait l’effort de voir plus loin que le bout de son nez. Beaucoup de vous doivent apprécier les films/documentaires à la Fahrenheit 9/11. Justement parce que l’on y trouve des critiques virulentes sur les Etats-Unis et souvent justifiées. Et pourtant, rares sont les personnes qui ont compris que First Blood se veut être un film purement critique sur l’Amérique post-Vietnam…

Critique du gouvernement américain

Il est bien là l’intérêt principal du film. Peu en parle et c’est pourtant le fil conducteur de tout le film. Cette critique, au travers de la vie de John Rambo, de l’Amérique, de ses citoyens et leur gouvernement vis-à-vis des soldats revenus du Vietnam. Partis en pensant servir leur pays sous Kennedy, revenu au temps des hippies et des critiques, ils sont rejetés par tout le monde alors même que c’est ce même pays, le leur, qui les a envoyé se faire massacrer au nom de la patrie. Du premier dialogue du film, on nous plonge déjà dans cette haine qui existe entre soldats (et leurs familles) et l’Amérique dans laquelle ils sont revenus. Souvenez-vous le tout début du film, quand Rambo recherche le dernier survivant de ses camarades, Delmar Berry. Finalement, il ne trouvera que sa femme, cette dernière lui annonçant que Delmar est mort du cancer : « Ce truc orange qu’il répandait partout ! ».

Pour ceux qui ne le savent pas, ce truc orange n’est pas une expression balancée ici par hasard. Ce fameux truc orange est en réalité l’herbicide le plus utilisé pendant la guerre du Vietnam par l’armée américaine. Il avait pour but de « polluer » en quelques sortes les zones où se trouvaient les Vietcongs, surtout aux emplacements où l’armée US avait le plus de mal à évoluer, trop facilement prise en embuscade. Il a été prouvé que cet herbicide, contenant de la dioxine, a été une source de cancers et de malformations graves, et ce, sur plusieurs générations.

On comprend mieux l’orientation, que j’ai envie de qualifier de politique, du film. Et ceci n’est que le premier dialogue du film, tout ce qui s’en suivra ne fera que refléter le sentiment de rejet exacerbé à l’encontre des soldats revenus de guerre par leurs propres « frères ». On voit très bien le traumatisme que cette guerre, à elle seule, a pu provoquer chez les combattants. Les fameux flashbacks montrant les scènes de torture qu’a subi Rambo au Vietnam et qui continuent de le hanter chaque jour de sa vie. En ajoutant à cela le mépris quotidien à son égard et vous ne pourrez nier que First Blood se veut être un film beaucoup plus psychologique qu’il n’y parait à première vue. Peut-être que vous lui trouverez une forme mal choisie mais j’ai envie de vous répondre que nous sommes en 1982 et que le cinéma de l’époque n’avait surement pas pour vocation de nous dresser des thriller à la Se7en. Pour autant, on nous dresse un vrai profil psychologique de John Rambo, loin de la brute épaisse qui flingue tout ce qui bouge et qui n’articule pas deux mots.

C’était pas ma guerre…

S’il est bien un film que j’ai regardé, c’est Rambo. J’ai presque envie de vous dire que je peux vous le réciter sans aucun souci. Et ce qui aura toujours fini par décrédibiliser le film, c’est tout simplement la voix française de Rambo. Cette voix d’abruti fini, rétorquant des phrases complètement débiles sur un ton de gamin de 6 ans (« C’est pas des civils bienveillants ») aura fini par achever le peu de courage qu’il devait rester aux moins téméraires. Cela ne remonte qu’à quelques mois que je regarde mes films en VO, le plus souvent sous-titrés, et j’ai bien entendu commencé par Rambo. Et je dois dire que j’ai complètement redécouvert le film. Là où certains dialogues pouvaient déclencher les fous rires, dans la VO on a enfin une version crédible, réaliste et beaucoup plus profonde que ce qu’on nous a servi en français. Il est vrai que Stallone a une voix bien particulière, et peut-être que pour les anglophones elle est également risible, mais vous ne m’enlèverez pas que les passages clés sont juste parfaitement interprétés par S.S.

Pour autant, pas évident d’aller s’embêter à visionner une VO quand déjà on a pas pris la peine de finir une VF et c’est bien dommage. Toujours est-il que je suis le premier à admettre que les trois films suivants, à savoir : First Blood – Part II, Rambo III et Rambo (John Rambo pour la version française), sont simplement des films pro-américains et entièrement orientés sur la guerre dans le sang et les tripes, loin de du côté dramatique de First Blood. Je ne sais pas si j’ai réussi à vraiment exposer mon opinion du film comme j’aurais voulu le faire. Je ne sais pas non plus si j’aurai réussi à convaincre (à défaut de persuader) certains que First Blood va plus loin qu’un film d’action. Mais ce que je sais, c’est qu’il existe peu de films d’actualité ou d’époque qui ont pris le risque de critiquer leur propre pays au cinéma, au moment même des faits et qu’en se penchant sur le cas de Rambo, on voit le réel but recherché et c’est pourquoi, quand bien même la plupart des gens continueront de le critiquer à tort, il demeurera mon film préféré.

Je me permets d’insister, sincèrement, sur une scène très importante du film, en prenant en considération tout ce que j’ai pu vous dire du film plus haut. La scène où Rambo et le colonel Trautman se fâchent dans le commissariat. Je sais qu’elle m’aura souvent (très ?) tiré les larmichettes, que ce soit en VF ou en VO (mais je vous conseille vraiment la VO pour ça) et si vous avez envie de pousser un dernier petit effort, regardez ce passage :

Et en cadeau, la fin alternative qui n’a pas été retenue étant donné que les spectateurs n’ont pas voulu que Rambo meurt de cette manière. La fin qui a été conservé a permis à de nombreux soldats revenus du front de décider, enfin, de se faire suivre pour leurs différents traumatismes. Mais tout le monde connait les suites, Rambo serait-il aussi mal vu si ces dernières n’avaient pas existé ?

J’aimerais juste conclure sur une chose. Je ne vais pas vous dire que je vous livre la plus belle analyse de ce film. De nombreux aspects n’ont pas été abordés comme les symboles que représentent les personnages du Colonel Trautmann et de William Teasle, mais j’ai voulu rester dans une première approche sans non plus inonder l’article de références à tout va. Et puis, peut-être que je me pencherai plus longuement dans un prochain article sur les points importants du film. Cependant, je doute que je fasse le bilan de la saga tant celle-ci a évolué vers un style qui ne correspond plus aux origines du personnage de Rambo. Je n’ai pas non plus parlé de la musique absolument merveilleuse de Goldsmith, des décors et de la ville de Hope plus en détails, enfin, il y a encore tant à dire… Ce sera tout, pour le moment.

It’s a long road…

4 réflexions sur “Rambo # Ma vision du film

  1. Un superbe article (c’est prêcher un converti, car suis déjà fan de longue date !!!) et qui a le mérite de replacer un projecteur sur ce film non pas oublié mais rangé dans un coin de notre mémoire. Au delà du spectacle (la caractéristique 1er degré par définition) l’oeuvre bien entendu regorge de nuances et de doigts pointés sur nombre d’aspects de la société américaine (et occidentale par la même occasion). Très bel article en tout cas !!!

  2. Merci beaucoup Carlos ! J’ai essayé avec mes mots d’expliquer pourquoi j’aime ce film et pourquoi il est intéressant de s’y attarder… loin de l’image de brute épaisse qu’à développer Rambo dans les films qui ont suivi. 🙂

  3. Ping: Cinéma # Le reboot de la saga Terminator en 2015 par Alan Taylor – Hypothèses, rumeurs et avis personnel | New Protocol

  4. Zero de la part de Studio Qu’anal de bloquer des extraits videos qui m’auraient pourtant bien intéressés.
    On se demande bien en quoi cela peut vous couter quoi que ce soit que des gens diffusent ce genre d’extraits.

    Par contre bravo Samir, j’aurais pu écrire le même texte à la virgule près.
    Sauf qu’avec le recul, je me dis que l’idée-même de me soucier du sort des anciens combattants du Vietnam, mal accueillis à leur retour par leurs concitoyens, ne me serait jamais venu à l’esprit sans ce travail de propagande d’Hollywood.

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